• Thibaut Pilatte

La longue histoire des limules, aujourd'hui menacées par l'industrie médicale

Les limules sont des arthropodes (embranchement des scorpions, araignées, papillons etc…) marins de la famille des limulidae. Les limules sont apparues sur Terre il y a 450 millions d’années, pendant la période de l’Ordovicien. A titre de comparaison, les scientifiques considèrent que les dinosaures ont commencé à fouler la Terre il y a 230 à 245 millions d’années et l’Homme il y a 7 millions d’années.


Limules (Limulus polyphemus) © Chris Engel


Limules modernes


Les limules modernes ont relativement peu évolué et sont panchroniques, c’est-à-dire qu’elles ressemblent morphologiquement à leurs ancêtres. Il existe aujourd’hui 4 espèces dont 2 sont menacées :

  • Limulus polyphemus sur la côte Est d’Amérique du Nord et d’Amérique Centrale

  • Tachypleus Gigas au Japon

  • Tachypleus tridentatus aux Philippines

  • Carcinoscorpius rotundicauda en Indonésie et en Asie du Sud-Est


D’une taille de 50cm environ, la limule peut vivre jusqu’à 30 ans. Elle se nourrit de poissons et de crustacés. Elle est dotée d’une vue moyenne malgré ses 10 yeux (4 détectent seulement ce qui est en mouvement) !

Leurs écologies semblent similaires. La limule vit dans des eaux peu profondes, de 5 à 10 mètres de profondeur près des côtes. La femelle pond un millier d'œufs dans un trou sur la terre ferme.

Limules (Limulus polyphemus) © Greg Breese, U.S. Fish and Wildlife Service



Utilisation en médecine


La limule possède un hémolymphe (équivalent du sang chez les limules) bleu, en effet elle n’a pas d’hémoglobine mais de l’hémocyanine. A partir de ce liquide est produit le Lysat d’Amébocyte de Limule. Il est utilisé pour détecter des bactéries sur les équipements médicaux (vaccins, outils, médicaments etc.). Lorsqu’il les rencontre, il coagule rapidement. Le LAL permet également de déceler la bactérie Escherichia coli et la salmonelle chez l’Homme. Commercialisé à partir des années 1970 aux Etats-Unis, ce liquide coûtait environ 11 000 dollars le litre en 2016 ! Il n’en fallait pas plus pour que les lobbys pharmaceutiques se jettent sur le filon. Les limules sont capturées, pompées de 30% de leur hémolymphe puis remises en liberté. Le problème c’est que le taux de mortalité peut atteindre 30% selon certains scientifiques. Affaiblies et désorientées, les femelles ont du mal à cicatriser et le taux de reproduction baisse également. Plus de 500 000 limules ont été pompées rien qu’en 2013 ! Certains laboratoires ont annoncé vouloir diminuer leur consommation de LAL et trouver un produit de substitution, mais les effets se font attendre.



Menaces


Aujourd’hui, les situations sont très différentes selon les 4 espèces. Toutes aujourd’hui souffrent de la pêche et de prélèvements massifs pour le LAL. Limulus polyphemus, classée “vulnérable’ par l’UICN, a vu baisser grandement ses effectifs : - 75% dans le Deleware depuis les années 1980. Cette diminution a un effet direct sur la faune locale : par exemple, le bécasseau maubèche (Calidris canutus) a pour alimentation les oeufs de limule. Aujourd'hui l'UICN le classe “quasi-menacé”.

Tachypleus tridentatus est l’autre espèce dont l’avenir inquiète. Classée “en danger” par l’UICN, sa population au Japon a baissé de 80% entre 1930 et 1990. La dégradation de son habitat avec une disparition de 40% des herbiers marins entre 1970 et 2000 est l’une des causes majeures. Elle est même classée “en danger critique” au Japon. En Chine, la demande de carapace pour produire de la chitine et le niveau de consommation élevé au Vietnam et en Chine fragilise encore l’espèce.

Toute les espèces de limules sont aussi menacées par la transformation des plages, soit par l’activité humaine, soit par les changements climatiques avec la montée des eaux. Les 2 autres espèces, Tachypleus Gigas et Carcinoscorpius rotundicauda ne sont pas classées et peu d’études ont été réalisées à leur sujet.

Limules (Limulus polyphemus) © Greg Breese, U.S. Fish and Wildlife Service



Conservation


Différents pays ont pris des mesures de conservation. Aux Etats-Unis, un plan de gestion a été établi : l’Atlantic States Marines Fisheries Comission (ASMFC). Ainsi il est interdit de pêcher des limules dans l’Etat du New Jersey. Dans le New Hampshire, un quota de 10 limules par jour avec un permis a été instauré. Dans le Massachusetts c'est un quota annuel de 165 000 limules qui a été instauré. La Société Japonaise de Préservation de la limule (Nihon Kabutogani o Mamoru Kai en japonais) est créée en 1978. L’organisation a pour vocation de protéger les limules en nettoyant les plages, de mener des enquêtes et faire de la sensibilisation auprès du grand public.

Des programmes de lâchers ont lieu dans plusieurs zones et plusieurs milliers de limules juvéniles ont ainsi été mises à l’eau. Toutefois, aucun suivi n’a été effectué et l'efficacité de ces actions reste à démontrer.



Références:

Evolution la grande histoire du vivant - Steve Parker

UICN

Sciences et avenir

Le Monde

Evolution biologique

Hitek

Trust my science





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