• Thibaut Pilatte

Le jaguarondi, victime de méconnaissance, pourrait être plus menacé que prévu


Le jaguarondi (Herpailurus yagouaroundi) est un petit félin d’Amérique mesurant environ 40 cm de haut. Son aire de répartition est gigantesque : historiquement, elle s’étend du Texas à l’Argentine. Malheureusement, aucun individu n’a été vu dans l’Etat américain depuis 1986. Si l’espèce est classée en “préoccupation mineure” par l’UICN, elle pourrait être en réalité bien plus menacée.


Jaguarondi (Herpailurus yagouaroundi) en milieu naturel © Gabriel Arroyo



Une taxonomie qui a posé question


Le jaguarondi fut découvert par le naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire en 1803. Il est alors classé dans le genre Felis. Il est ensuite placé dans un nouveau genre, Herpailurus, par le naturaliste français Lacépède en 1909. Il faudra attendre un siècle pour voir sa situation évoluer. En 2000, des études révèlent sa ressemblance avec le puma (Puma concolor) et le guépard (Acinonyx jubatus), qui descendraient en fait d’un ancêtre commun vivant il y a 8 millions d’années. Le nom scientifique du jaguarondi devient Puma yagouaroundi.

En 2017, le groupe “small cats” de l’UICN change à nouveau le nom scientifique en Herpailurus yagouaroundi.


Le petit félin arbore plusieurs couleurs différentes (roux, marron, noir, gris), à tel point que les scientifiques pensaient un temps qu’il existait plusieurs espèces. Il s’agit en fait uniquement de variations de couleurs. Au total, 8 sous-espèces sont reconnues actuellement.



Un chasseur diurne


Les observations de jaguarondi sont nombreuses. Son comportement et son écologie sont donc plutôt bien connus. Solitaire ou en couple, le félin chasse principalement durant la matinée une faune variée : rongeurs, reptiles, oiseaux, petits mammifères et amphibiens. C’est également un bon nageur.

La maturité sexuelle est atteinte au bout de 2 à 3 ans. La femelle met au monde 1 à 4 petits.

Le jaguarondi occupe les forêts primaires, les savanes et les marécages. Son territoire est vaste et peut s'étendre jusqu’à 100 km2.

Faits impressionnants ; des cas de prédations par des jaguars (Panthera onca) et des pumas (Puma concolor) ont été recensés.


Jaguarondi (Herpailurus yagouaroundi) en captivité © Michel L'Huillier



Menaces


Globalement, les populations seraient en diminution.

Peu farouche et facilement apprivoisable, le félin était utilisé comme animal domestique par les ancêtres des colombiens. Les populations de jaguarondi d’Amérique du Sud sont classées à l’Annex II de la CITES, et celles d’Amérique du Nord et Centrale, davantage menacées, à l’Annexe I. Toutefois, un certain trafic peut toujours exister et des cas ont été recensés.


Amateur de volailles, le jaguarondi est victime de persécutions de la part des éleveurs et représente une menace importante. La perte de son habitat est l’expansion humaine sont également des facteurs préjudiciables à l’espèce.

Les scientifiques ont toujours pensé que l’espèce était commune du fait du nombre d’observations. Toutefois, le jaguarondi est diurne, ce qui fausse donc cette estimation. Selon l’UICN, l’espèce pourrait être bien plus menacée et son statut devrait être réévalué régulièrement.

Bien que nocturne, l’ocelot (Leopardus pardalis) pourrait être un concurrent pour le jaguarondi.

La sous-espèce du jaguarondi du Mexique(Herpailurus yagouaroundi cacomitli), a entièrement disparu du Texas et est considérée comme menacée d’extinction.


Jaguarondi (Herpailurus yagouaroundi) en captivité © Gilles Dervillez



Conservation


Il n’existe pas de programme de conservation dédié à l’espèce au niveau international. L’organisme Panthera, qui œuvre dans le monde pour l’étude et la protection des félins, effectue des recherches sur le jaguarondi.

Un autre travail de conservation est mené par l’U.S. Fish and Wildlife Service aux USA, qui a publié un plan d’action local pour tenter de rétablir ses populations de jaguarondi. En collaborant avec le Mexique, l’organisme œuvre pour la sensibilisation et l'éducation du public, et pour l'étude des relations de l'espèce avec les autres prédateurs, de la viabilité de réintroductions et de la création d'un programme d’élevage en captivité.



Références :

UICN

Panthera

Chats du monde

Scielo

U.S. Fish and wildlife Service

Oliveira, Tadeu. (1998). Herpailurus yagouaroundi. Mammalian Species. 578. 1. 10.2307/3504500.


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