La conservation de l’abeille noire en France

July 10, 2020

L’abeille noire (Apis mellifera mellifera) est présente en Europe occidentale depuis plus

d’un million d’années. Son aire de répartition s’étend des pyrénées jusqu’au sud de

la Scandinavie. On la retrouve naturellement en France, sur les îles Britanniques,

en Allemagne, en Belgique, au Danemark et dans le sud de la Norvège et de la Suède.

 

Malheureusement, cet hyménoptère se fait de plus en plus rare. Si des associations se sont constituées pour lui venir en aide, il est de notre devoir de connaître les dangers qui pèsent sur cet insecte. Et lorsque cela est possible de modifier nos comportements et de faire

un geste pour la nature.

 

L’abeille noire est un excellent pollinisateur qui contribue à conserver la biodiversité

 

 

Biologie et écologie de l’abeille noire

 

L’abeille noire est un insecte social qui vit en colonie de plusieurs milliers de sujets.

D’un fonctionnement complexe, la colonie est constituée par trois castes d’individus. 

 

On retrouve une reine par colonie. Seule la reine, après fécondation, est apte à pondre. Elle est en principe la mère de toutes les abeilles de la colonie. Après un unique vol de fécondation durant lequel elle va s’accoupler avec plusieurs mâles, elle pondra toute sa vie durant, jusqu’à 5 ans et parfois plus; ses oeufs dans les cellules des rayons de cire. Il est très rare que deux reines cohabitent et lorsque c’est le cas c’est provisoire. Car l’une ne tardera pas à tuer l’autre.

 

Ensuite et durant la période de récolte du pollen et du nectar, on retrouve quelques centaines de mâles, nommés aussi faux-bourdons. Leur rôle premier est de féconder en vol les jeunes reines. L’acte se déroule dans des lieux de rassemblement, les congrégations. Les mâles ne s’accouplent qu’une seule fois avant de mourir. Les faux-bourdons contribuent aussi à la ventilation de la colonie et au maintien d’une juste température. Mais à la fin de la saison, ils seront chassés hors de la ruche ou tués !

 

Enfin des milliers d’ouvrières, des femelles stériles, sont affairées à toutes les tâches au sein de la colonie. En fonction de leur âge, les ouvrières s’occuperont de nettoyer les cellules, de nourrir les larves, de bâtir des rayons de cire, de défendre la colonie, puis finiront leur vie comme butineuse. Cette ultime tâche les amène à récolter le nectar et le pollen des fleurs dans un rayon de 3 à 4 kilomètres autour de la colonie. Parfois bien au delà lorsque les ressources de proximité sont insuffisantes.

 

La multiplication des colonies se fait par essaimage. Au printemps, l’ancienne reine quitte le nid avec une partie des abeilles, chargées de provision de miel. Elles se mettront à la recherche d’une nouvelle cavité pour y bâtir de nouveaux rayons. Cette cavité est généralement le creu d’un arbre ou une anfractuosité rocheuse. Mais des colonies d’abeilles peuvent aussi profiter des constructions et installent parfois leur colonie derrière des volets ou dans les conduits des cheminées. Leur présence n’est pas toujours appréciée comme vous pouvez vous en douter.

 

L’autre partie des abeilles restées dans l’ancien nid va bâtir des cellules royales et élever de nouvelles reines. C’est l’alimentation reçue au stade larvaire qui va faire la différence entre une ouvrière et une reine. Cette dernière ne recevra que de la gelée royale comme nourriture. De toutes les jeunes reines élevées une seule survivra aux duels mortels et prendra après un vol nuptial la fonction de génitrice.

 

 

Quelles sont les menaces pour l’abeille noire ?

 

L’agriculture intensive est la première menace pour les abeilles noires. Les pesticides et en particulier les insecticides systémiques qui circulent dans toute la plante traitée, sont coupables chaque année de la mort de milliers de colonies. En effet, ces molécules toxiques se retrouvent concentrées dans le nectar produit par les fleurs. Les butineuses contaminent alors toute la ruche en y ramenant des produits empoisonnées.

 

L’emploi des insecticides de synthèse menace la survie de nombreuses espèces d’insectes

 

 

La modification des paysages contribue à la diminution des ressources mellifères.

Les prairies et les forêts naturelles font place à des espaces maîtrisés et floristiquement appauvris par l’Homme. Les monocultures céréalières qui couvrent les campagnes sont

des déserts pour les abeilles qui n’y trouve que peu ou pas de fleurs à butiner. Et les forêts exploitées contiennent rarement des arbres assez vieux pour offrir des abris naturels propices à l’installation de colonies.

 

Certaines pratiques apicoles sont aussi critiquées des naturalistes. En effet, la plupart

des apiculteurs professionnels ne travaillent plus avec l’abeille noire. Ils lui préfèrent

des sous-espèces étrangères ou des races sélectionnées pour leurs performances durant les miellées. Ces abeilles “exotiques” sont appréciées, car elles constituent de fortes colonies tôt en saison. Et leurs ouvrières ont des trompes plus longues et peuvent ainsi explorer les fleurs les plus profondes comme le trèfle et la luzerne.

 

L’abeille noire a aussi la réputation justifiée d’être plus défensive que des sous-espèces dociles, comme l’abeille du Caucase ou l’abeille carniolienne. Ainsi les apiculteurs amateurs ne se tournent pas davantage vers des lignées indigènes pourtant plus rustiques.

 

 

Le statut de l’abeille noire et sa protection en France

 

L’abeille noire ne fait pas l’objet de mesure de protection spécifique au niveau national. L’apiculteur peut donc élever aussi bien des abeilles noires que l’une des sous-espèces d’Apis mellifera.

 

Toutefois, quelques mesures locales vont dans le sens de la préservation de l’abeille noire. C’est par exemple le cas en Corse, où un arrêté datant de 1982 interdit toute importation d’abeilles en provenance du continent. L’abeille corse, qui est en fait une population particulière d’abeille noire, se trouve ainsi protégée de l’hybridation et garde toutes ses caractéristiques.

 

D’autres mesures ont été prises afin de protéger des populations insulaires où des conservatoires ont été implantés. C’est par exemple de cas de l’île d’Ouessant ou de l’île Groix, où toute importation d’abeilles du continent est interdite.

 

 

Comment aider les abeilles noires ?

 

Le présent et le futur de l’abeille noire dépendent de nous. C’est à chacun de faire les bons choix, aussi bien dans sa vie quotidienne (et ses habitudes de consommateur), que durant ses temps de loisir.

 

Si vous êtes amateur des produits de la ruche, pourquoi ne pas acheter du miel travaillé par les abeilles noires. Le miel de Corse est produit exclusivement avec des abeilles noires. Vous pouvez vérifier l’origine des miels que vous achetez en grande surface en lisant les étiquettes. Il existe bien entendu d’excellents miels étrangers. Mais les industriels se fournissent bien souvent vers des qualités inférieures afin de réduire leur coût et d’ouvrir des miels à bas prix. Vous pouvez aussi acheter directement votre miel chez les producteurs, que vous rencontrerez sur les marchés ou les foires.

 

Si vous êtes jardinier, vous pouvez planter votre jardin et votre balcon de plantes mellifères. Car même en ville des abeilles et d’autres pollinisateurs sont présents. Ils apprécieront votre délicate intention. Les plantes locales sont à privilégier, car les abeilles noires sont adaptées à les butiner. Méfiez-vous des variétés et autres cultivars qui sont souvent pauvres en nectar. Pensez à réaliser une sélection afin d’offrir durant plusieurs mois des fleurs à butiner. Bien entendu, un seul jardin ne peut pas couvrir les besoins de toute une colonie. Alors motivez vos voisins à cultiver des plantes mellifères.

 

 La pratique du jardinage naturel contribue au maintien de la biodiversité aussi bien à la campagne que dans les villes © Susanne Jutzeler

 

 

Bien entendu, si vous devez faire une place à des plantes fleuries et attirer des insectes, vous devez bannir tous les insecticides et autres pesticides. Il est tout à fait possible de garder un beau jardin en sélectionnant les espèces végétales et variétés résistantes aux maladies. Bien souvent couper une branche frappée par des parasites évite l’emploi de dangereux produits phytosanitaires.

 

N’oubliez pas de soutenir les conservatoires de l’abeille noire. Certains réalisent des collectes de fond pour assurer leur fonctionnement ou l’agrandissement de leur rucher.

De plus, ces conservatoires sont souvent impliqués dans la formation des apiculteurs novices. En vous formant chez eux, vous les aiderez dans leurs actions de conservation.

 

Vous serez surpris d’apprendre que la plupart des gens ignorent même l’existence de l’abeille noire… Partagez cet article, car des vocations et des engagements débutent parfois d’une simple lecture. En diffusant cet article sur les réseaux sociaux, vous contribuerez à sensibiliser le plus grand nombre des citoyens à la situation critique de l’abeille noire et

des pollinisateurs.

 

 

Vous souhaitez vous initier à l’apiculture ?

 

Si vous disposez d’un jardin assez vaste, vous pouvez aussi accueillir une colonie d’abeilles noires. Mais attention car l’apiculture, même en tant que loisir, est une pratique d'élevage qui vous engage doublement.

 

En premier lieu, vous aurez des obligations légales. Vous ne pouvez pas installer une ruche n’importe où. Les abeilles sont capables de piquer et de nuire sérieusement à votre voisinage. Vous devez donc vous renseigner auprès de votre mairie sur les distances minimales à respecter entre vos ruches et les propriétés voisines. Ces distances sont variables en fonction des départements et parfois des communes. Vous devez aussi faire

la déclaration du nombre de vos ruches. Ceci en possible depuis internet et ne prend que quelques minutes.

 

L’emplacement des ruches doit se faire en respectant les lois

 

En second lieu, vous aurez à assurer de bons soins à vos colonies d’abeilles. Ces insectes lorsqu’ils sont placés dans des conditions d’élevage nécessitent un suivi régulier et

une surveillance sanitaire rigoureuse. Depuis l’arrivée de parasites et de prédateurs étrangers comme le varroa et le frelon asiatique, l’activité d’apiculteur amateur s’est nettement compliquée. Et beaucoup d’apiculteurs ont abandonné leur passion face aux difficultés. Vous l’aurez compris, l’apiculture est un hobby technique et chronophage quel que soit le nombre des ruches en votre possession.

 

Avant de vous lancer dans une activité apicole, vous devrez vous former sérieusement à

la visite et à l’entretien des ruches. Des cours théoriques et pratiques sont dispensés par des ruchers écoles partout en France. Vous apprendrez ainsi comment ouvrir une ruche en sécurité et à réaliser les différentes actions que doit maîtriser un apiculteur : inspection du couvain, recherche de la reine, évaluation des réserves de miel et de pollen, allumage de l'enfumoir,...

 

Il sera toujours préférable de tester vos réactions et vos motivations en situation, c’est-à-dire en travaillant sur les ruches d’un rucher école, avant d’acheter du matériel et de vous lancer. Car des colonies non surveillées et mal entretenues peuvent rapidement tomber malades et contaminer les colonies alentours et notamment celles des abeilles noires sauvages.

 

 

Pour en savoir plus sur l’abeille noire et l’apiculture

 

Si vous souhaitez prolonger votre lecture et en apprendre davantage, nous vous conseillons de visiter le site de la fédération européenne des conservatoires de l’abeille noire. Vous découvrirez les actions menées par ce réseau d’associations de naturalistes et d’apiculteurs engagés.

 

 

Le site de l’AOP “miel de Corse” présente aussi les particularités de l’abeille corse et d’une apiculture traditionnelle respectueuse de l’environnement.

 

Enfin si la lecture de cet article vous a donné l’envie de pratiquer l’apiculture, nous vous invitons à consulter la liste des ruchers écoles en France. Vous trouverez sans doute les coordonnées d’un rucher école proche de chez vous.

 

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