• Thibaut Pilatte

Gros plan sur les coatis, cousins méconnus des ratons-laveurs


Coati roux (Nasua nasua)

Coati roux (Nasua nasua) ©Ralf Κaeyea


Le coati est un cousin du raton laveur (Procyon sp). Il est bien moins connu que son cousin d’Amérique du Nord, célèbre dans la pop culture à travers les films ou jeux vidéos par exemple.


Description


Le coati est un mammifère d’Amérique du Sud et d'Amérique Centrale. Il fait partie de la famille des procyonidés avec le ratons-laveur (Procyon sp), l’olingo (Bassarycion sp) et le kinkajou (Potos flavus). Il possède une longue queue annelée qui rappelle celle de son cousin américain, bien qu’elle soit nettement plus longue : 50 cm pour le coati contre 30 cm pour le raton laveur. Cette dernière assure un certain équilibre. Une caractéristique primordiale pour le coati qui est semi-arboricole.

Le coati possède de longues griffes ainsi qu’un long museau pour trouver sa nourriture au sol et monter aux arbres. D'ailleurs, coati signifie “long nez” en indien. Les mâles sont 20% plus gros que les femelles.

Il est difficile de présenter les couleurs de poils tant il existe des variations géographiques ou selon les sous-espèces, notamment chez le coati roux (Nasua nasua).

Voici un exemple entre deux coatis roux au Brésil.


Variations de couleurs chez 2 individus photographiés au Brésil ©Paul Donahue ©Miguel Magro



Mode de vie


Le coati est diurne, il vit la journée. Les femelles sont grégaires et vivent avec leurs petits, dans des bandes allant jusqu’à 30 individus. Cette socialisation permet de réduire les risques de prédation de jaguar (Panthera onca), de puma (Puma concolor), d’ocelot (Leopardus pardalis) ou de jaguarondi (Herpailurus yagouaroundi). Lorsqu’un individu repère le danger, il émet un cri d’alarme et toute la troupe court se réfugier. Les femelles tombent en chaleur en même temps et mettent au monde 1 à 6 petits. Chez les coatis, toute la bande participe à l’élevage des petits. Au contraire, lors de la recherche de nourriture, c’est chacun pour soi.

Les mâles sont quant à eux solitaires et territoriaux. Ils ne rejoignent les femelles que pour s’accoupler. Ils sont également plus agressifs.



Alimentation et coopération


Le coati est un omnivore, il se nourrit d’insectes et de larves en fouinant dans le sol ou en arrachant l’écorce des arbres à l’aide de ses griffes. Il consomme également des fruits, participant ainsi à la dissémination des graines. Régulièrement, des coatis sont observés en train de faire les poubelles à la recherche de nourriture. Toutefois, c’est un chasseur opportuniste qui peut s’attaquer à plus gros que lui comme le capucin noir (Cebus nigritus), le daguet nain (Mazama nana), le paca (Cuniculus paca) ou le ragondin (Myocastor coypus).

Le coati peut également suivre d’autres espèces pour trouver de la nourriture. Certains individus ont été observés accompagnés de capucin brun (Cebus apella) ou de saïmiri brésilien (Saimiri ustus).

Autre observation étonnante, au Brésil, des coatis mangent les tiques sur le dos de capybaras (Hydrochoerus hydrochaeris), réduisant ainsi leur charge parasitaire.



Espèce invasive


Malgré des dents et griffes acérées, certaines personnes pensent que le coati fait un bon animal de compagnie, alimentant ainsi le trafic illégal. De nombreux individus sont capturés dans leur milieu naturel pour être exportés dans le monde. Heureusement, certains sont saisis dans leur pays d’origine et vivent généralement dans des refuges ou sont réhabilités à la vie sauvage. Il est évident que le coati n’a rien d’un animal de compagnie. Les attaques de coatis sur les populations en Amérique du Sud, notamment pour de la nourriture, en sont la preuve.

Le coati a été introduit par erreur sur l’Île de Majorque en Espagne où il cause des ravages parmi les populations d’oiseaux sans avoir de prédateurs. En France, l’espèce est classée invasive. En 2013 et 2014, des coatis ont été introduits dans le Lot mais sans fondement de population.


Jeune coati roux (Nasua nasua)

Jeune coati roux (Nasua nasua) saisi et placé dans un refuge en Equateur avant de retrouver sa vie sauvage ©Thibaut Pilatte



Taxonomie


Il existe 2 genres de coati pour un total de 4 espèces :


coati roux (Nasua nasua)

©Melvin Toullec

Le coati roux (Nasua nasua) a la plus grande aire de répartition. Elle s’étend de la Colombie jusqu’à l’Uruguay. Il vit jusqu’à 2500 mètres d’altitude. Très commune, l’espèce n’est pas menacée bien qu’elle soit chassée et consommée localement par les autochtones. Il existe un grand nombre de sous-espèces avec des variations de couleurs.


coati à nez blanc (Nasua narica)

©Hans Norelius

Le coati à nez blanc (Nasua narica) reconaissable par ses couleurs à dominance noir et blanc. L’espèce n’est pas menacée exceptée certaines localités. On la retrouve en Amérique Central, du Sud des Etats-Unis au Nord de la Colombie.



coati des montagnes (Nasuella olivacea)

©Carlos Sanchez

Le coati des montagnes (Nasuella olivacea) vit comme son nom l’indique en altitude, entre 1300 et 4200 mètres. Cette espèce est endémique des Andes en Equateur, en Colombie et au Vénézuela. La déforestation et la mortalité dûe au trafic routier ont rendu l’espèce "quasi-menacée".




Le coati des montagnes orientales (Nasuella meridensis) (pas de photo disponible) est sûrement l’espèce la plus méconnue. Elle est endémique des Andes au Vénézuela. Autrefois considérée comme sous-espèce, elle possède une aire de répartition d’à peine 770 km2. Nasuella meridensis vit entre 2000 et 4000 mètres d'altitude. Il est menacé par la chasse et la perte de son habitat. Son statut d’espèce “en danger" en atteste.



Références:

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Hirsch, Ben & Gompper, M.E.. (2018). Causes and consequences of coati sociality. 10.1093/oso/9780198759805.003.0028.

Rucco, Andreza & Herrera, Heitor & Martins Santos, Filipe & Porfirio, Grasiela. (2020). Interspecific association between brown-nosed coatis and capybaras in an urban area of Brazil. Boletim do Museu Paraense Emílio Goeldi - Ciências Naturais. 15. 843-848. 10.46357/bcnaturais.v15i3.284.

Ruiz-García, Manuel & Jaramillo, Maria & Cáceres-Martínez, Carlos & Shostell, Joseph. (2020). The Phylogeographic Structure of the mountain coati (Nasuella olivacea; Procyonidae, Carnivora), and phylogenetic relationships with the other coati species (Nasua nasua and Nasua narica) by means of mitochondrial DNA. Mammalian Biology - Zeitschrift fur Saugetierkunde. 10.1007/s42991-020-00050-w.

Helgen, Kristofer & Kays, Roland & Helgen, Lauren & Nunes Tsuchiya, Mirian Tieko & Pinto, C. & Koepfli, Klaus & Eizirik, Eduardo & Maldonado, Jesús. (2009). Taxonomic Boundaries and Geographic Distributions Revealed by an Integrative Systematic Overview of the Mountain Coatis, Nasuella (Carnivora: Procyonidae). Small Carnivore Conservation. 41. 64.

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