• Thibaut Pilatte

L'expansion du pic noir, une bonne nouvelle pour la biodiversité


Mâle pic noir (Dryocopus martius)

Mâle pic noir (Dryocopus martius) ©Alex Popov


Le pic noir (Dryocopus martius), oiseau emblématique de nos forêts a réalisé une expansion fracassante sur le territoire français depuis le milieu du XXème siècle. Une formidable nouvelle pour la biodiversité française.



Description


Le pic noir est le plus grand des picidés d’Europe. Il mesure 45-57 cm, pour une envergure de 64-68 cm et un poids de 209-370 g.

Il est facilement reconnaissable avec son plumage noir et sa calotte rouge vif. Chez les mâles, elle s’étend du front à la nuque alors qu’elle n’est présente qu’à l’arrière de la tête chez les femelles. C’est le critère de dimorphisme sexuel le plus marquant.

Il possède 2 orteils dirigés vers l’avant et 2 orteils dirigés vers l’arrière pour avoir un maximum d’adhérence aux troncs des arbres.


Aire de répartition du pic noir (Dryocopus martius)



Aire de répartition


L’aire de répartition du pic noir est gigantesque, elle s’étend de l’Espagne jusqu’au Japon. 2 sous-espèces sont reconnues, la sous-espèce nominale représente la quasi-totalité de la population. D. martius khamensis est isolée à l’Ouest de la Chine, comme on peut le voir sur la carte de répartition géographique.



Ecologie


Il se nourrit principalement de larves de coléoptères xylophages (qui se nourrissent de bois mort) ainsi que de fourmis. Il éclate les troncs pour récolter les larves, le bout de sa langue possède des barbillons afin de les empaler. La procédure reste la même pour les fourmis, il s’attaque aux fourmilières au sol avec son long bec. Il peut compléter son régime alimentaire avec des baies.

Le pic noir vit dans les forêts d’hêtres, de mélèzes, d’épicéas et d’autres conifères. Solitaire et plutôt sédentaire, son territoire est très vaste, 300 à 400 hectares pour un couple. Le pic noir peut toutefois être plus petit si les conditions sont favorables.


Femelle pic noir (Dryocopus martius) nourissant ses petits

Femelle pic noir (Dryocopus martius) nourissant ses petits ©Alex Popov



Reproduction


L’union entre les 2 partenaires ne dure que pour la saison de reproduction, de l’hiver à l’été. Le couple choisit un tronc où il creusera un large trou ovale dans un hêtre. La femelle pond alors 4 à 6 oeufs après 12 jours d’incubation. Les petits peuvent s’envoler à partir de 3 semaines - 1 mois. Il est rare que le couple s’unisse à nouveau la saison d’après.



Un rôle écologique important


Lorsque le couple abandonne la cavité, elle sert alors de refuge pour un tas d’espèces, le choucas des tours (Coloeus monedula), la chouette Tengmalm (Aegolius funereus), la martre (Martes martes), la fouine (Martes foina), ainsi que chauves-souris, frelons et abeilles… La liste pourrait être longue. Les cavités sont rares dans la forêt et la nidification du pic noir offre refuge à un grand nombre d’espèces. Sa présence est donc indispensable à leur survie. Après son passage, de grands éclats de bois gisent au sol, régalant ainsi l’armada d’invertébrés xylophages. Une sorte de cercle vertueux.



Un retour fracassant


En 1930, le pic noir est cantonné dans les massifs montagneux, les Alpes, le Massif Central, les Pyrénées, les Vosges ou encore le Jura. Petit à petit, son aire de répartition s’étend rapidement. En 35 ans, elle progresse de 650 km ! Aujourd’hui il est présent sur quasiment tout le territoire métropolitain et c’est une excellente nouvelle. Le changement de gestion forestière en cessant de retirer constamment le bois mort a facilité son expansion. Peut-être que ce cas servira de jurisprudence et permettra de diminuer notre influence sur la gestion des forêts.

Les populations sont prospères et l’espèce n’est pas menacée, elle est classée “préoccupation mineure” par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Seule ombre au tableau, le pic noir est classé “vulnérable” dans les régions de Poitou-Charentes et dans le Nord-Pas-de-Calais. C’est une espèce farouche et sensible aux perturbations. Il est important de ne pas les déranger. Si le pic noir prend peur, il peut ne pas revenir sur son territoire la saison d’après.



Références:

INPN

Salamandre

Notre nature

LPO

Parc National des Pyrénées