• Thibaut Pilatte

L'onagre à la reconquête de son territoire d'antan


Onagre (Equus hemionus)

Onagre (Equus hemionus) © Valerie Ucumari



Actuellement, il n’existe plus que 3 espèces d’équidés à l’état sauvage en Asie, l’onagre ou âne sauvage d’Asie (Equus hemionus), le kiang (Equus kiang) et le cheval de Przewalski (Equus Przewalskii). Le kiang a longtemps été considéré comme une sous-espèce de l’onagre. En 2002, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) publie un rapport sur des analyses génétiques de l’espèce, le kiang aurait divergé de l’onagre il y a 500 000 ans.


Bien que la classification dans cette famille porte à confusion, 5 sous-espèces d’onagres sont en général reconnues :

  • Onagre de Mongolie (Equus hemionus hemionus) : vit au Nord de la Mongolie, classé “quasi-menacé”

  • Onagre d’Inde (Equus hemionus khur) : vit en Inde, classé “quasi-menacé”

  • Koulan (Equus hemionus kulan) : vit au Turkménistan, Kazakhstan, Ouzbékistan et Ukraine, classé “en danger”

  • Onagre de Perse (Equus hemionus onager) : vit en Iran, classé “en danger”

  • Onagre de Syrie (Equus hemionus hemippus) : vivait en Palestine, Irak et Syrie, a disparu en 1972



Une population en forte baisse, mais aujourd’hui stable


L’onagre a vu sa population baisser de 20% sur les 3 dernières générations. L’espèce est classée “quasi menacé” mais se rapproche du statut “vulnérable” sur la liste rouge de l’UICN.

Aujourd’hui, les effectifs sont plutôt stables grâce à des efforts de conservation. La population mondiale est évaluée à 55 000 ânes sauvages, dont 27 000 matures, c'est-à-dire en âge de se reproduire. C’est seulement 50% de la population. La maturité sexuelle intervient à 3 ans pour les femelles et 5 ans pour les mâles. L'onagre pratique la polyginie, le mâle s’accouple avec plusieurs femelles. Le ratio de naissance est à peu près 50/50, il y a autant de mâles qui naissent que de femelles. Les premiers mois sont rudes pour les poulains, seulement 50% d’entre eux survivent. Une étude sur les crânes de 350 onagres indique un âge moyen de 9,1 ans avec un maximum de 29 ans.


Onagre (Equus hemionus)

Onagres dans leur milieu naturel © Rupal Vaidya



Une réduction drastique de son aire de répartition


Historiquement, l’aire de répartition de l’onagre était gigantesque, elle s’étendait de la Russie à la Chine en passant par le Moyen-Orient et l’Inde. L’espèce a perdu 70% de son territoire et a disparu de nombreux pays !

L’âne sauvage d’Asie occupe normalement les steppes, les steppes de montagnes et les steppes semi-désertiques. On peut le retrouver jusqu’à 3 000 mètres d’altitude, mais il évite les terrains en pente. La concurrence avec le bétail l’a poussé dans les zones arides, les zones les moins productives. Il peut se passer d’eau quelques jours. Il reste tout de même dépendant de cette ressource et son accès est de plus en plus difficile entre les sécheresses et l'augmentation du pâturage. Il a été observé en Mongolie en train de creuser dans les rivières asséchées pour atteindre l’eau !


Auparavant, l’onagre pouvait effectuer des migrations en fonction des saisons, c’est moins flagrant aujourd’hui et semble être davantage un mammifère nomade. Des individus équipés de collier GPS se déplaçaient en moyenne de 11,9 km par jour. Les clôtures, le développement des activités humaines tels que les routes et les voies de chemins de fer sont de vraies menaces pour l’espèce. Les populations se retrouvent isolées les unes des autres et ont des difficultés à trouver des ressources. Les collisions routières sont fréquentes. Entre 2009 et 2013, 26 ânes sauvages ont été tués rien qu’en Israël !



Des situations très disparates


La Mongolie accueille 80% de la population mondiale. La chasse intensive a fait des ravages durant plusieurs années, mais semble être restreinte aujourd’hui. Les scientifiques considèrent que la survie de l’espèce passera par la réussite des mesures de conservation en Mongolie. Pour rappel, le pays héberge une autre espèce d’équidé sauvage, le cheval de Przewalski.

L’onagre a été réintroduit en Israël et au Kazakhstan, l’opération semble être un succès et les populations grandissent rapidement. Les onagres d’Israël sont des hybrides des sous-espèces E. h. kulan et E. h. onager. D’autres projets similaires sont à l'étude en Iran et au Kazakhstan.

De petits groupes d’ânes sauvages vivent en Ukraine et en Ouzbékistan dans des conditions de semi-liberté. Toutes ces actions de conservation ont permis d'augmenter un peu l’aire de répartition de l'onagre, mais il est très loin de retrouver celle de son passé. Il y a aussi un gros manque de données au Moyen-Orient et la pression de la chasse dans ces pays continue.




Références :

UICN

ITIS

Ouest-France

Mamimal World