• Thibaut Pilatte

Le chat à pieds noirs, un félin discret et menacé


Chat à pieds noirs (Felis nigripes) © Alexander Sliwa



Un chasseur discret


Du haut de ses 25 centimètres, le chat à pieds noirs (Felis nigripes) est le plus petit des félins d’Afrique. Il peut être confondu avec le chat sauvage d’Afrique (Felis lybica cafra) qui est plus imposant.

Il est endémique des régions arides de l’Afrique australe (savanes, prairies, déserts) et vit notamment en Afrique du Sud, en Namibie et au Botswana. Il s’agit de la plus petite aire de répartition pour un félin africain.

Le chat à pieds noirs chasse principalement des rongeurs. Son régime alimentaire est complété par des oiseaux, des insectes et des reptiles. Sa petite taille en fait une proie facile pour les hiboux, les serpents et les chacals.



Un félin solitaire


Le chat à pieds noirs est sûrement polygame, dans la mesure où le territoire d’un mâle chevauche celui de plusieurs femelles. Proportionnellement à l’étendue des territoires, la densité d’individus est assez faible. Comme beaucoup de félins, le marquage du territoire se fait par l’urine. Elle sert non seulement à indiquer la délimitation du périmètre mais aussi à annoncer la disponibilité d’une femelle aux mâles. Ces chats, compte-tenu de leur mode de vie nocturne, passent leur journée dans un terrier ou une tanière abandonnée par un lièvre sauteur (Pedetes capensis).

La saison de reproduction a lieu entre juillet et mars. Après 63 à 68 jours de gestation, la femelle met au monde 1 ou 2 chatons. Leur naissance coïncide avec la saison des pluies, période d'abondance de nourriture. Bien qu’indépendants très rapidement (dès 3 mois), les chatons restent avec leur mère plus longtemps. L’espérance de vie d’un chat à pieds noirs en milieu naturel a longtemps été inconnue. Des études menées par le Black-Footed Cat Working Group (BFCWG) ont révélé qu’il pouvait vivre environ 5 ans et jusqu’à 16 ans en captivité.



Chat à pieds noirs (Felis nigripes) © Alexander Sliwa



Une taxonomie qui pose problème


ITIS (système d'information taxonomique intégré), une base de données taxonomiques reconnaît jusqu’à présent 2 sous-espèces :

Felis nigripes nigripes, qui aurait les rayures plus pâles, et Felis nigripes thomasi.


Toutefois, selon une étude réalisée en 2013 par le Dr Alexander Sliwa, membre du BFCWG, l’espèce pourrait être polymorphe. C'est-à-dire qu’elle peut présenter des variations de couleurs. Il est conforté par une étude qui invalide la taxonomie actuelle (Wilson 2016).



Aire de répartition du chat à pieds noirs © capture d’écran du site UICN redlist



De nombreuses menaces


Il resterait environ 9 000 à 10 000 chats à pieds noirs matures (en âge de se reproduire). L’espèce est classée “vulnérable” par l’UICN. L’organisation a retenu comme critère qu’aucune sous-population ne contenait plus de 1 000 individus matures. Toutefois, cela pourrait être réévalué car le manque de données dû à son comportement discret pourrait fausser la donne. La fragmentation des populations pourrait amener à un bottleneck (un manque de diversité génétique).

Les chats à pieds noirs ne sont pas directement persécutés par les éleveurs mais sont victimes des pièges destinés aux chats sauvages. Le poison, utilisé contre les chacals et les criquets, peut être fatal au petit félin. Le développement de l’élevage et l’augmentation du nombre de bergers font qu’il y a davantage de gros chiens pour protéger les troupeaux. Beaucoup de chats sont alors tués par ces chiens. Le surpâturage a également un effet néfaste et transforme l’habitat. Il y a moins de rongeurs (essentiels à la survie du chat) et de cavités abandonnées par d’autres animaux. Les chats à pieds noirs dépendent de ces espèces car ils ne peuvent pas creuser eux-mêmes leurs abris.

Bien que protégés en Afrique du Sud et au Botswana, les chats à pieds noirs sont sûrement chassés. Ces mesures semblent inefficaces puisque des peaux ont par exemple été retrouvées et des taxidermistes ont avoué avoir travaillé avec des cadavres de chats.



Chat à pieds noirs équipé de collier émetteur (Felis nigripes) © Alexander Sliwa



Des mesures de conservation difficile à mettre en place


A ce jour, il n’existe pas de programme de conservation dédié à l’espèce. Le Black-Footed Cat Working Group (BFCWG) permet d’en savoir plus sur cette espèce en travaillant avec les populations locales pour améliorer les connaissances notamment sur l’aire de répartition et la densité de chats à pieds noirs. Des individus sont capturés et équipés de collier-émetteur afin d’étudier leurs mouvements.

L’essentiel des individus vit au sein de zones non protégées, ce qui constitue une difficulté supplémentaire pour leur conservation. L’UICN recommande d’élargir ces zones. Cette mesure bénéficierait à tout un écosystème puisque le chat à pieds noirs est dépendant de nombreux autres animaux.

Une autre recommandation serait de dédier un plan de conservation spécifique à l’espèce.

Des tentatives d’élevages en captivité ont été menées avec peu de succès. La population ne progresse pas, la diversité génétique baisse et des maladies rénales apparaissent. L’espèce n’est même plus présentée en Europe. Bien qu’un stud-book international, document répertoriant les individus captifs, soit coordonné par le Lory Park en Afrique du Sud, l’UICN ne recommande pas un élevage en captivité. La taxonomie, toujours obscure, pourrait saper les efforts de conservation ex-situ (en captivité).


Les projections dans le futur prévoient une baisse du nombre de chats à pieds noirs dans la nature. Un important programme de conservation doit être mis en œuvre pour protéger non seulement ce petit félin, mais aussi tout un écosystème.


Un grand merci à Alexander Sliwa pour sa disponibilité et l'utilisation de ses photos !



Références:

UICN

Black Footed Cat Working Group

Wilson, Beryl & Sliwa, Alexander & Drouilly, Marine. (2016). A conservation assessment of Felis nigripes.

ITIS