• Thibaut Pilatte

Le fossa, le prédateur numéro 1 de Madagascar, est menacé


Fossa (Cryptoprocta ferox)

Fossa (Cryptoprocta ferox) © Melvin Toullec



Habitat


Le fossa (Cryptoprocta ferox) est endémique de l'Île de Madagascar. Il vit dans les forêts humides tropicales. On peut le retrouver jusqu’à 2 500 mètres d'altitude (0 à 1500 mètres le plus souvent).

C’est un animal solitaire et territorial. Le territoire d’une femelle est de 13 à 17 km2. Celui du mâle est plus grand et chevauche celui de plusieurs femelles. Le fossa délimite ses frontières à l’aide de sa glande anale.



Un supercarnivore


Le fossa est tout en haut de la chaîne alimentaire malgache, c’est le plus grand carnivore de Madagascar. Son corps mesure 75 à 80 cm et sa queue 70 à 90 cm. Arboricole et terrestre, il se nourrit de petits mammifères, d’oiseaux, de reptiles et de lémuriens. Il s’agit du seul prédateur naturel de ces primates qu’il chasse tout en haut des arbres. Ils peuvent représenter 50% du régime alimentaire du fossa. Cryptoprocta ferox s’attaque même à l’indri (Indri indri) qui est le plus grand lémurien vivant.


Fossa (Cryptoprocta ferox)

Fossa juvénile © Melvin Toullec



Reproduction


Les rencontres ont lieu durant la période de reproduction. L’accouplement peut durer jusqu’à 6 heures. Après une période de gestation de 6 à 7 semaines, entre décembre et janvier, la femelle met au monde 2 à 4 petits. Ils la quitteront au bout de 15 à 20 mois. Le fossa atteint la maturité sexuelle entre 3 et 4 ans. Sa durée de vie en milieu naturel reste inconnue. En captivité, il peut vivre 17 ans.



Membre d’une famille longtemps inconnue


Cryptoprocta ferox a été découvert en 1833. Il fait partie de la famille des eupleridés, des carnivores endémiques de Madagascar. Jusqu’à récemment, les scientifiques avaient toutes les peines du monde à classer ces espèces. Elles furent placées un temps dans la famille des félidés, notamment à cause des griffes semi-rétractyles du fossa, puis dans la famille des viverridés (civettes, genettes etc…). Aujourd'hui, elles forment une famille à part entière qui comporte 9 espèces. Les eupleridés seraient arrivés sur Madagascar il y a environ 25 millions d’années. Face à l’absence de prédateurs, la famille se serait rapidement diversifiée avec des espèces de différentes tailles. Certains scientifiques pensent qu’il existe encore plusieurs eupleridés à découvrir. Le fossa peut parfois être confondu avec la civette malgache dont le nom scientifique Fossa fossana peut porter confusion.



Menaces


L’Ile de Madagascar est la quatrième plus grande île du Monde et représente l’un des hotspot de biodiversité les plus importants. Son taux d’endémisme est très fort, c'est-à-dire que la plupart des espèces ne vivent que sur Madagascar. La déforestation ravage malheureusement l’île dont les autochtones vivent souvent dans la précarité. L’exploitation du bois exotique et la culture sur brûlis (brûler la forêt pour en faire des terres cultivables) en sont les principales raisons. Le fossa est menacé par la perte de son habitat et la chasse. Il est consommé dans certaines localités et souffre de mauvaises réputations. Il est accusé de s’attaquer aux poulaillers et fait l’objet de représailles. Il est aussi parfois utilisé dans la médecine traditionnelle. Le fossa est un animal nocturne avec des phases d’activité durant la journée. On a toutefois observé que ceux qui vivaient en périphérie des villages étaient strictement nocturnes pour éviter l’Homme. La population sauvage a chuté de plus de 30% sur les 3 dernières générations (21 ans). L’espèce est aujourd’hui classée “vulnérable” par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature.



Conservation


Bien que le fossa soit protégé, les lois nationales sont souvent difficiles à appliquer localement. Il bénéficie des programmes de conservation autour des lémuriens. Ces organisations travaillent à préserver l’habitat de ces primates et donc celui du fossa.

Le fossa est aujourd’hui de plus en plus représenté en captivité. En 1994, le Zoo de Duisbourg lance un programme d’élevage européen (EEP) pour l’espèce. La population de base était alors de 23 individus. Cet élevage semble être une réussite. Actuellement, 63 fossas sont présentés en Europe et 112 dans le monde.Ces institutions participent financièrement au Fossa Found, un programme de conservation consacré à l’espèce.




Références :

UICN

Mann, Gareth & Long, Peter & Rakotondraparany, Felix & Seing, Sam & Gandola, Rob. (2015). First record of Fossa Cryptoprocta ferox in Mariarano Forest, Madagascar. Small Carnivore Conservation. 52&53. 45-55.

Veron, Geraldine. (1995). La position systématique de Cryptoprocta ferox (Carnivora). Analyse cladistique des caractères morphologiques de carnivores Aeluroidea actuels et fossiles. Mammalia. 59. 551-582. 10.1515/mamm.1995.59.4.551.

Reiter J, Winkler A. 2013. Husbandry Guidelines for the Fossa (Cryptoprocta ferox). European Association of Zoos and Aquarium