• Thibaut Pilatte

Le gélada, un primate à la sociabilité complexe


 gélada (Theropithecus gelada)

Mâle gélada (Theropithecus gelada) ©Ned Brinkley


Le gélada (Theropithecus gelada) est un primate endémique des hauts plateaux éthiopiens. Il vit entre 1800 et 4400 mètres d’altitude. C’est désormais le seul représentant du genre Theropithecus, autrefois très répandu dans toute l’Afrique et jusqu’à l’Inde. Dans l’ombre des grands singes, le gélada possède une sociabilité complexe et unique notamment au niveau de la reproduction.



Un dimorphisme sexuel marqué


Les mâles sont bien plus lourds et plus gros que les femelles. Un mâle adulte pèse entre 25 à 30 kg contre 12 à 15 kg pour une femelle. Il possède une longue cape de poils et des canines très développées. Leur fonction est d'impressionner les femelles et de rivaliser avec leurs rivaux.



Guerre de pouvoir


Les géladas vivent en bandes. Chacune est composée de plusieurs harems (groupe de femelles et leurs petits avec un mâle dominant appelé caïde) et de groupes de mâles célibataires. Jusqu’à 289 géladas ont été observés au sein d’une seule bande !

Les mâles se battent pour diriger les harems. Les femelles ont toutefois leur mot à dire et peuvent soutenir l’un des combattants. Le vainqueur peut même être chassé s’il n’obtient pas les faveurs des femelles. Lorsqu’un mâle prend la dominance d’un harem, il tue tous les petits de l’ancien caïde afin de s’accoupler avec les femelles. Fait unique, les femelles qui sont en gestation “avortent” alors afin d'éviter d’avoir une grossesse inutile et de voir leur petit tué à la naissance.


gélada (Theropithecus gelada)

Femelles géladas (Theropithecus gelada) ©Zweer de Bruin



Reproduction


Chez le babouin, la femelle en chaleur est identifiable grâce à ses fesses bien rouges. Surnommé “singe au cœur qui saigne”, le gélada possède une tâche rouge au niveau du torse. Elle va jouer un rôle important pour la reproduction. Lorsque la femelle est en cycle, la tâche est rouge avec des boutons. Ils disparaissent durant la gestation. Enfin après l’accouchement, la tâche devient rosâtre.

La femelle met au monde 1 seul petit après 5 à 6 mois de gestation. Les femelles (matures à 3 ans) restent dans le groupe alors que les mâles sont obligés de le quitter à la puberté, à 5 ans. Ils peuvent soit rejoindre un groupe de mâles célibataires, soit tenter de prendre la dominance d’un harem.



Une communication développée


Le gélada est le primate avec la communication par vocalisation la plus proche de l’Homme. Il est capable d’émettre 28 sons en claquant ses lèvres. Ces dernières sont très souples chez le gélada et permettent d’échanger également par des expressions faciales. La communication gestuelle est également présente.


 gélada (Theropithecus gelada)

Bande de géladas (Theropithecus gelada) ©Nik Borrow



Ecologie


Le gélada, ou singe-lion, est un brouteur. Il se nourrit d’herbes, de graminées, de tubercules ou de racines. Ses doigts et orteils sont courts et adaptés à chercher dans la terre. Sa nourriture est faible en apports énergétiques et doit être consommée en grande quantité.

Sur les hauts plateaux éthiopiens, il y a très peu d’arbres, il est donc adapté à une vie terrestre. Une équipe de primatologues de l’Université du Michigan a étudié les activités du gélada. Bien que ces chiffres varient selon la quantité de nourriture, il passerait 41,7% de son temps à chercher de la nourriture, 20,3% à se déplacer, 19% à se reposer, 9,2% à faire sa toilette, 5,1% à jouer, 3,3% à se battre et 1,4% pour le sexe.



Etat de l’espèce


Deux sous-espèces sont considérées mais une troisième est également évoquée. Il y a peu d’études en milieu naturel sur le gélada. Les dynamiques de populations et la taxonomie demeurent floues. Dans l’attente d’en savoir plus, l’espèce est classée selon le statut "préoccupation mineure” par l’UICN, mais la réalité pourrait être bien différente.

Theropithecus gelada est menacé par la transformation de son habitat et le pâturage. Les mâles étaient autrefois chassés par le peuple Oromo pour la fabrication des tenues de cérémonie avec leurs poils. La chasse au trophée est également autorisée par le gouvernement éthiopien.



Références :

National Geographic

Le Point

UICN

Abu, K., Mekonnen, A., Bekele, A. et al. Diet and activity patterns of Arsi geladas in low-elevation disturbed habitat south of the Rift Valley at Indetu, Ethiopia. Primates59, 153–161 (2018).

EAZA Best Practice Guidelines Gelada baboon (Theropithecus gelada)