• Thibaut Pilatte

Un mystérieux perroquet marcheur, le kakapo


Kakapo (Strigops kakapo) © Jake Osborn



Le kakapo (Strigops kakapo) est le plus gros perroquet au monde et le seul à ne pas voler. Endémique de la Nouvelle-Zélande, il porte un nom curieux qui signifie "perroquet de nuit" en maori.

Il fait partie de la famille des strigopidae avec les espèces de nestors. La naissance de cette famille survient lors du détachement du Gondwana, il y a 82 millions d’années. Puis le kakapo a divergé des nestors il y a maintenant 72 millions d’années. Aujourd'hui, il y aurait environ 116 individus matures et de ce fait, l’espèce est classée “en danger critique d’extinction” par l’UICN.



Ecologie


De nature nocturne et solitaire, le kakapo se nourrit de feuilles, de tiges, de racines, de graines et surtout des baies de rimu, riches en vitamine D. Une corrélation a d'ailleurs été constatée entre la période d'accouplement et la période de fructification de ces baies.

Selon le scientifique Andrew Digby, le réchauffement climatique serait bénéfique au développement des baies de rimu, avec pour conséquence indirecte une augmentation de l’abondance de nourriture pour les kakapos.

Après l’accouplement, la femelle pond 1 à 4 oeufs et s’occupe seule de la nidification et de l’éducation des oisillons. Comme tous les perroquets, le kakapo peut vivre longtemps : jusqu'à 60 ans environ !



Menaces


Historiquement, l’aire de répartition du kakapo s’étendait sur une partie sud de l’Île du Sud. L’espèce était très abondante dans la région du Fiordland. La colonisation puis l’urbanisation ont gravement fait baisser le nombre d’individus. Si bien qu'en 1976, dans le Fiordland, il ne restait plus que 18 individus survivant difficilement, et pour cause : ils n'étaient que des mâles !

Un travail de translocation a été effectué pour les répartir vers d'autres populations et le kakapo a disparu de l'île du Sud. Aujourd’hui, il ne subsiste que sur 3 îles situées au large.

Comme une grande partie de la faune de la Nouvelle-Zélande, le kakapo est victime d'une sur-prédation exercée par des espèces invasives. Par exemple, les chats ont exterminé 50% des individus sur l’Île de Stewart. Les hermines (Mustela herminea) et les rats noirs (Rattus rattus) forment une menace supplémentaire pour l’espèce.

En 2001, 3 juvéniles contaminés par la bactérie Erysipelothrix rhusiopathiae sont morts. Et en 2019, un champignon a également tué plusieurs kakapos.

Enfin, la trop lente régénération de sa population est un autre frein pour le sauvetage de l’espèce. En effet, la reproduction n’a lieu que tous les 2 à 5 ans et la maturité sexuelle de la femelle n’est atteinte qu’à partir de 5 à 11 ans.


Kakapo (Strigops kakapo) © Jake Osborn



Conservation


Avec ces menaces pesantes, une gestion rigoureuse a été mise en place dès 1995 et les résultats commencent à être probants.

L’espèce est protégée et classée à l’annexe I de la CITES, empêchant ainsi un éventuel trafic ou de la chasse.

Les espèces invasives ont été éradiquées sur les îles où survit le kakapo. Les populations sont suivies par monitoring, permettant ainsi de recenser leur nombre et d'analyser leurs déplacements. Les scientifiques en ont bien besoin puisque chaque oeuf pondu est récolté pour être placé immédiatement en couveuse. Grâce à ce procédé, ils espèrent encourager la femelle à se reproduire à nouveau dans un laps de temps plus court et ainsi accélérer le processus de régénération des populations. Une fois éclos, les poussins sont dispatchés et donnés à une mère de substitution. La femelle ne fait alors pas la différence et s’occupe de lui même si elle n’est pas la génitrice.

Autre observation étonnante faite par des scientifiques : réduire les taux d’alimentation complémentaire donnée aux kakapos permettrait d’augmenter le nombre de poussins femelles et de rétablir l'égalité des sexes. Il y a pour le moment toujours plus de mâles que de femelles.


En 2009, une première tentative d’insémination artificielle est réalisée avec succès et 3 poussins naîtront. En 2016, ce sont 34 poussins qui naissent avec ce même procédé. L’élevage à but conservatoire est envisagé mais les adultes ne peuvent pas être maintenus longtemps en captivité.

L’étape suivante serait de réintroduire le kakapo sur le continent, mais la présence d’espèces invasives rend l’opération délicate.

Pour faire connaître ce formidable perroquet, "Sirocco" le kakapo devient l’ambassadeur de l’espèce. Un compte Facebook et Twitter lui sont notamment dédiés. Cette action a permis aux néo-zélandais de mieux connaître l’un des oiseaux emblématiques de l’archipel et semble être une vraie réussite : 234 000 personnes suivent les histoires du perroquet sur Facebook.

Enfin, le Department of Conservation vous propose d’adopter (fictivement) un kakapo pour soutenir la protection de l’espèce.



Références:

Department of Conservation

UICN

Geo

RTS



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