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  • Photo du rédacteurThibaut Pilatte

Le nasique, un primate capable de nager


nasique (Nasalis larvatus)

Mâle nasique (Nasalis larvatus) entouré de femelles ©Sergey Pisarevskiy



Un “drôle” de physique 


Le nasique (Nasalis larvatus) est célèbre pour le nez prépondérant présent chez les mâles adultes. Celui-ci peut dépasser les 10 cm et descendre en dessous de la bouche. Mais à quoi lui sert-il ? Il est utilisé comme une caisse de résonance et permet d'amplifier les sons qu’émet le mâle. Cela peut-être pour communiquer avec d’autres nasiques mais surtout pour repousser d’éventuels prétendants. Selon une étude, la taille du nez du nasique est en corrélation avec la taille de ses testicules et sa masse corporelle. Un long nez permet de dissuader les autres mâles et d’attirer les femelles. Les conflits sont toutefois rares. L’espèce est réputée pour être pacifique et peu violente. 

La structure sociale des nasiques est complexe. Les groupes reproducteurs sont composés d’un mâle adulte et de son harem, 2 à 7 femelles ainsi que leurs progénitures. Des groupes de mâles célibataires tournent autour de ces harems. Ils sont même parfois accompagnés d’une femelle. 

A la naissance, la face du petit est bleu. Elle devient gris à 2,5 mois puis couleur crème à 8,5 mois comme les adultes. Les mâles quittent le groupe, au contraire généralement des femelles. Les mâles (70 cm pour 16 à 22 kg) sont plus grands et imposants que les femelles (60 cm pour 7 à 12 kg). 

La maturité sexuelle est atteinte à 7 ans chez le mâle. 


nasique (Nasalis larvatus)

Habitat typique du nasique ©Bernard Dupont 



Capable de nager


Le nasique est endémique de l'île de Bornéo. Elle est partagée entre 3 pays, la Malaisie, le Brunei ainsi que l’Indonésie. La partie indonésienne de l'île est appelée Kalimantan. Le nasique occupe la majeure partie de Bornéo. Il vit dans les forêts de mangroves, les forêts humides et les forêts marécageuses. Il s’éloigne rarement des points d’eau. Au fur et à mesure de l’évolution, il s’est parfaitement adapté à cet environnement. Ses pieds légèrement palmés lui permettent de nager et de plonger. C’est le seul primate avec quelques espèces de macaques et l’Homme à pouvoir nager ! En cas de danger, il n'hésite pas à quitter la canopée et sauter dans l’eau pour échapper aux prédateurs. 


nasique (Nasalis larvatus)

Nasique juvénile ©Richard Toller



Essentiellement folivore


Le nasique est principalement folivore. Il complète son alimentation avec des fruits. Ce régime varie en fonction de la saison et de la disponibilité de nourriture. Actif de la fin d’après-midi à la tombée de la nuit, le nasique n’est pas difficile. Il peut manger jusqu’à 188 espèces de plantes différentes en une soirée ! Il possède un système digestif différent des autres primates. Physiquement, cela se traduit par un ventre imposant. Il a 4 chambres pour digérer cette nourriture riche en cellulose. Il régurgite sa nourriture avant de la ravaler à l’image des ruminants !



Une espèce en voie de disparition


Le nasique est malheureusement menacé d’extinction. Il est classé “en danger” sur la liste rouge de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature. Les populations ont baissé de 70% sur les 3 dernières générations soit 36 ans bien qu’il n’y ait pas d’estimations réélles aujourd’hui. En effet, le nasique est un primate très farouche qui fuit au moindre bruit de moteur ou de mouvement humain. Les études sont donc difficiles à réaliser. Bien que le nasique peut s’adapter et vivre dans des zones perturbées ou secondaires, il reste tout de même menacé par la déforestation et la disparition de la mangrove. En 1985 et 2001, Kalimantan a perdu 56% de sa forêt notamment pour couvrir la demande mondiale en bois mais aussi de l’huile de palme. La forêt est souvent brûlée pour planter des palmiers. Cette monoculture ne permet pas à la faune de survivre. Les populations se retrouvent fragmentés et la consanguinité peut menacer l’espèce à long terme. La situation est similaire pour de nombreuses espèces à Bornéo comme l’orang-outan de Bornéo (Pongo pygmaeus).

Le nasique est également chassé pour sa viande. 


nasique (Nasalis larvatus)

Femelle nasique 



Des mesures de conservations difficiles à mettre en oeuvre


Nasalis larvatus est pourtant une espèce protégée mais la loi est difficile à appliquer dans les zones reculées. En 2013, le Dr Amalia Rezeki crée une programme de conservation dédié au nasique, Friends of Indonesian Bakantan (SBI). Un centre de recherche voit le jour sur l'île Curiak. Sauvetages, réhabilitations de nasiques ainsi que la restauration de son habitat sont les principales missions du programme. Depuis 2018, il est financé par de l’écotourisme. Il a été stoppé par la pandémie en 2020 avant d’être à nouveau ouvert depuis fin 2021. 


D’autres organisations recueillent des nasiques blessés comme le Labuk Bay Proboscis Monkey Sanctuary. La sensibilisation est un axe très important pour former les nouvelles générations. Le primate n’a en effet pas toujours une bonne réputation à Bornéo. 

Un programme d’élevage international en captivité a été mis en place il y a quelques années. En 2011, 5 nasiques quittent le Zoo de Singapour pour Apenheul, un parc spécialisé dans l’élevage de primates aux Pays-Bas. Après 4 ans et le décès de 4 individus, le parc nééerlandais décide de stopper l’élevage et renvoie le survivant à Singapour. La fragilité de l’espèce et la complexité de son alimentation rendent quasiment impossible la mise en place d’un programme ex-situ. 


Il n’existe pas de réelles mesures de conservation dédiées au nasique. Toutefois, il bénéficie de l’impact médiatique de l'orang-outan. La protection de son habitat est favorable pour toutes les espèces de Bornéo. L’ONG Kalaweit, avait lancé un programme pour protéger la forêt de Dulan qui abrite une petite population d’orangs-outans mais également de nasiques. 

Une autre organisation, Hutan, plante des arbres autochtones au milieu des plantations d'huile de palme. Le but étant de créer des corridors que les animaux pourront emprunter et ainsi limiter l’isolement des populations.   



Références : 







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